26.05.2006
Il y a tout le temps denouvelles thérapies qui sortent, selon le type de cancer, comme la tomo-thérapie,les études sur les protons, le gamma-knife pour les tumeurs au cerveau, le cyber-knife, petit robot pour certaines tumeurs, et les traitements par anti-hormones contre les métastases du cancer du sein...etcMais il faut TENIR le plus longtemps possible pour avoir accès à des traitements NOUVEAUX. Courage à tous! Il faut vivre au jour le jour en profitant aumaximum de la vie, tout en cherchant comment la prolonger sans trop de douleurs.Nous pourrions tous écrire le roman de notre maladie, avec ses bons et moins bons côtés. Il y aurait même moyen de sortir des livres de nos luttes, avec un visage humain qui manquen souvent aux récits un peu sec de cette horrible maladie.Qui est d'accord avec moi? Andrée
17:14
Écrit par andree
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14.04.2006
Journal d’une cancéreuse
29 octobre 1990
J’ai un cancer du sein.Le radiologue me l’a annoncé en insistant sur la petitesse de la tumeur : quelques millimètres. Mais moi, je pense que je vais mourir incessamment. Comme mes deux précédents maris.Le premier est mort d’un cancer de la gorge, le deuxième d’une tumeur au cerveau.Toute ma famille a été décimée par le cancer : chez maman il a commencé par l’utérus, chez papa par la prostate, chez mes grands-parents par les ovaires, le poumon, le foie, la vessie, chez une de mes tantes par le colon.Je suis le premier cancer du sein.Pourtant je me remarie le mois prochain. Eros versus Thanatos.
6 janvier 1991
Ce fut un beau mariage. Familles et amis ont dansé jusqu’à l’aube.Mon opération du sein s’est bien passée.La bête ne faisait « que » sept millimètres.Il paraît qu’après mes séances de rayons j’aurai 95% de chances de survie à long terme. En effet, l’évidemment axillaire des ganglions a montré qu’aucun n’était atteint.J’ai de la chance.En outre mon bras ne gonfle pas.Mais notre voyage de noce en Tanzanie sera remplacé en juillet par les fjords de Norvège pour éviter une surchauffe de mon cœur suite aux rayons.Pour moi qui ai travaillé dix ans au Congo et qui adore l’Afrique, ses habitants, sa faune et sa flore, c’est une déception.Mais ce n’est que partie remise.
2 mars 1991
J’ai bien supporté les rayons. J’ai même continué à travailler. Seul mon Directeur général est au courant.
En août 1990, j’ai repris un service qui périclitait : la DIV. A présent, la situation s’est améliorée, mais il y a encore beaucoup à faire. Si on apprend ma maladie, je ne serai pas promue au grade de Directeur.La femme de mon Directeur général est morte d’un cancer du sein. Il me comprend et m’encourage.Je n’ai été absente que trois semaines et je passe à l’Institut Bordet pour mes rayons chaque jour à 16h30 avant de prendre mon train à la Gare du Midi pour rentrer à Charleroi.Mon sein est encore rouge brun mais la pommade que j’ai reçue m’aide beaucoup.Elle est fraîche, grasse et adoucissante.Ouf ! La vie est belle.
1er avril 1995
J’ai deux nodules bizarres de chaque coté de la matrice qui me font terriblement souffrir. Mes trois fibromes qui en occupent l’intérieur ne sont pas cancéreux. Les fibromes ne le sont jamais.J’ai peur de l’hystérectomie, mais je crains encore davantage les nodules inconnus qui pourraient être un deuxième cancer.J’accepte l’hystérectomie complète pour éviter plus tard un cancer éventuel du col de la matrice.En réalité, ces nodules n’étaient pas cancéreux.
15 octobre 1998
Catastrophe ! J’ai une rechute de mon cancer du sein, une métastase dans la vertèbre D11, l’avant dernière dorsale.Cette fois les carottes sont cuites, à 54 ans. Et portant, la vie est si belle.Je vais subir une petite intervention pour biopsier un morceau et être sûr qu’il s’agit bien d’une métastase, tant la chose a l’air bizarre.J’ai peur de rester paralysée. Je n’ai pas mal physiquement mais la souffrance morale est insupportable.
16 novembre 1998
Hélas ! C’est bien une métastase ! On me propose de faire partie d’un protocole de recherche sur un nouvel anti-hormone agissant sur la production d’œstrogène des glandes surrénales. Car par chance, mon cancer est hormono-dépendant.J’accepte tout ce qu’on me propose.
1er mars 1999
Mon dernier scanner montre une nette amélioration due à l’exémestane. J’ai une chance inouïe : c’est l’ordinateur qui a choisi celles qui prendraient l’anti-hormones classique, le nolvadex, et celles qui bénéficieraient de l’exémestane.J’admire les chercheurs et médecins qui travaillent à la lutte contre le cancer.
20 juin 2001
Me revoilà plongée dans l’horreur !A une semaine de mes congés annuels !Le scanner montre que la métastase s’est réveillée.Aussitôt mes trois médecins se concertent. L’exémestane est remplacée par l’anti-hormones classique, le nolvadex.Un plan d’irradiation de la métastase est mis en route.Chaque rechute est plus pénible et plus effrayante que la précédente. J’ai compris que je ne guérirai jamais et que la mort me suit à pas feutré en m’assénant un coup de faux à intervalles irréguliers en attendant l’assaut définitif.Les douleurs à l’œsophage apparues au cours du traitement disparaissent après deux semaines. Mais les bleus à l’âme s’accumulent.J’apprécie d’autant plus la vie et fait la différence entre l’essentiel et l’accessoire.En outre, je ressens une véritable sympathie pour les autres cancéreux. Nous formons une fratrie basée sur la lutte contre cette horrible maladie qui empêche tout projet.
6 décembre 2005
Jamais encore une rechute ne m’avait à ce point affectée. Après ces années de rémission, je suis à nouveau plongée dans l’enfer, le lendemain de mes 62 ans.J’ai l’impression de sombrer définitivement.Pour tenter de stimuler mes défenses naturelles, on me coupe toute médication.Je sais qu’une nouvelle irradiation risque de me rendre paraplégique. La moelle épinière supporte mal les rayons.L’un de mes médecins contacte alors l’Hôpital universitaire de Strasbourg où le professeur Gangi, radiologue interventionniste, est un des rares médecins à pratiquer la radio-fréquence dans les os, entre autres les vertèbres.Il nous prévient qu’il ne pourra « cuire » que 80% de la métastase.Il fore dans la vertèbre et y introduit deux aiguilles à coups de marteau léger. L’effet recherché est semblable à la cuisson des aliments au four à micro-ondes.Je suis anesthésiée tout en restant semi-consciente pour répondre aux questions et aux ordres du médecin qui me fait régulièrement bouger les pieds et les orteils.Toute l’intervention se fait sous scanner.Aujourd’huiPendant quatre mois les scanners de contrôle sont strictement superposables. Puis, les restes de la métastase se remettent à évoluer.Je viens de commencer un double traitement, à savoir du Zometa pour reconstituer la vertèbre, et du Faslodex, troisième et dernière ligne d’anti-hormones. On garde une dernière irradiation comme arme ultime en cas de douleurs ou d’échec des deux autres traitements.Pourtant j’étais désespérée car, avant l’intervention à Strasbourg, le pet-scan avait capté quelque chose aux intestins.Une colonoscopie montre une grande tumeur au début du colon droit qui paraît suspecte.Que traiter d’abord ? Les médecins ne sont pas unanimes.Je pense au suicide, mais comme un animal attaché viscéralement à sa vie, je choisis Strasbourg apprenant que la tumeur intestinale en serait au stade d’une dysplasie classée de moyenne à sévère.A mon retour, j’essaie de trouver un endoscopiste qui veut bien tenter de l’enlever par voie naturelle. Et je le trouve ! La quarantaine, calme, prenant toutes les précautions d’usage, y compris un chirurgien gastro-entérologue en stand-by.Après son acte, un nouveau pet-scan ne montre plus que la D11.
Depuis le 6 septembre, j’ai l’impression de flirter avec un, voire deux cancers galopants qui me pousseraient vers l’abîme. Pourtant, je continue à travailler par peur de rester seule à la maison à déprimer.J’ai la chance d’avoir deux supérieurs compréhensifs. Je sais que mon travail ne souffre pas de mon état, il est purement mental.Je veux me battre jusqu’au bout mais j’ai si peur de l’extension de la maladie, de la souffrance, de la déchéance. .Je sais que l’euthanasie ne peut avoir lieu qu’en dernier ressort, après souffrances physiques et morales, mais j’arrive au bout des traitements possibles, malgré la bonne volonté de mes médecins.Ceci est un résumé succinct de centaines de pages d’espoirs et de désespoirs qui constituent un récit plus détaillé de mes affres.J’aimerais en discuter avec des consœurs et confrères cancéreux.
Andrée Abeels,Charleroi, le 11.04.2006
10:16
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